Il y a 5 ans
Il y a 5 ans à ces heures ici je courais autour de la Tour Eiffel quand soudain une énorme tristesse envahissait mon cœur car je ne pouvais pas piqueniquer comme tous ces gens assis sur la pelouse, parce que j’étais seule, mes amis étaient partis. Parce qu’il y a 5 ans que j’ai pris la décision de rester ici, à Paris, de ne pas rentrer, de recommencer, de m’éloigner complètement de ma famille, de ne pas les obéir, de rester, ICI, seule, dans une grande ville ou rien n’était comme chez moi, où je n’étais qu’une petite fourmis perdue au milieu d’une forêt sauvage, dangereuse, inconnu. Il y a 5 ans que quelque chose m’a demandé de ne plus revenir. De recommencer seule. De chercher un loyer seule. De vivre en collocation avec une dame seule, d’aller me promener seule, de prendre un vin seule, d’aller au cinéma seule. De trouver de nouvelles amitiés seule. Il y a 5 ans où j’ai affronté SEULE le monde extérieur, les gens différents, les rues perdues, les passages secrets, le ciel nuageux.
Il y presque 5 ans qu’à ces heures ci Pauline l’irlandaise me convainquait pour aller avec elle dans cette soirée d’After work… After work… mot nouveau pour moi à l’époque… et il y a 5 ans que j’ai connu ce fameux bar 6 seven où je suis allée au comptoir pour demander encore une autre coupe de champagne gratuite (champagne à volonté cette soirée là) et il y a 5 ans qu’un monsieur bronzé est venu me parler, a dansé avec moi et m’a demandé le numéro. Il y a presque 5 ans que je suis allé prendre un cocktail à Saint Michel avec cet inconnu et puis un thé et puis un bisou pour aboutir finalement chez lui et regarder le lendemain la finale France-Italie aux Champs Elysées dans le fameux bar Culture bière. Et plus tard on m’a déposé chez moi, dans ce chez moi qui était le petit appartement à l’intérieur du lycée Buffon, dans ce chez moi où ce soir là je pensais que je ne reverrais plus jamais ce Monsieur que finalement j’ai revu encore une fois, et une autre, et encore une autre et à cause de qui, oui, peut être c’est vrai, j’ai trouvé un fort argument pour rester. Oui, c’est ça, j’avais besoin de lui pour prendre la décision et je l’ai fait. Je suis restée à Paris, encore 5 ans.
Il y a presque 5 ans que j’ai déménagé chez Catherine. Dame de 60 ans moderne avec qui j’ai habité une année. Petit appartement qui se trouve au 46 de la rue Saint Jacques où j’avais une chambre qui donnait à la cour et à l’appartement du propriétaire du restaurant Mexicain El sol y la luna où on avait fait le dîner d’ au revoir d’Herminio quelques jours avant son départ de Paris. Les hasards de la vie. Et oui. Maintenant j’habitais en face du propriétaire de ce resto que j’ai eu tant de mal à trouver. Il m’a même invité à un verre un soir. On s’est échangé les numéros mais tout est resté là.
C’est depuis cet appart que j’allais tous les jours à la Sorbonne, que je stressais car les cours pour moi étaient beaucoup plus difficiles que les cours que j’avais eus à Grenade. Les professeurs parlaient trop rapidement et le pire, ils faisaient des références à beaucoup de choses que je ne connaissais pas : histoire, art, peinture, littérature. J’ai dû faire des recherches dans tous les sens, dans toutes les matières, sur Internet, dans les livres pour enfin, sentir que je suivais un peu mieux. Mais je pensais que je n’y arriverais jamais. Et puis oui, je l’ai fait. Et je suis tombé ainsi amoureuse de la didactique, du français, mais surtout de la littérature et en particulier de la littérature moderne. Et oui, c’est mon cher Daniel DELBREIL, un prof passionnant à qui je dois cela. Monsieur DELBREIL, si un jour j’enseigne cette matière magique j’espère pouvoir vous imiter au moins à moitié. « Poétique du texte narratif » c’est ce que j’ai suivi au premier semestre. Nous y avons étudiés les ouvrages de Raymond Queneau. Mais ce prof nous parlait de tant de choses, et j’ai appris autant… et plus tard on a eu « Le paris du 20ème » et alors là, chair de poule… car qu’est-ce que j’ai découvert des choses sur la ville des lumières, ces auteurs, ces textes… ! Le temps passait, j’apprenais et apprenais, je tombais amoureuse de la ville, de la langue, de sa culture et de lui. De lui. De lui où je passais de plus en plus de temps, avec elle, sa nièce Latifa Ateb qui se marie samedi prochain, mariage où je ne serai pas présente mais où mon cœur pleurera de joie, de bonheur, car je l’aime fort cette fille et je lui souhaite tous les sourires qu’elle mérite, et surtout la liberté qu’elle n’a pas pu trouver chez elle. Liberté que j’ai lui ai offerte en cachette, secrets perdus qu’elle m’a racontés seulement à moi. Latifa, ma petite sorelle tunisienne. Elle avec eux, leur couscous, leur Ramadhan et les séries de la chaîne Tunis seront toujours en moi. Jours de paix, jours de guerre avec moi-même où malgré tout ils ont été là, pour m’aimer, pour me câliner et à qui je dirai éternellement MERCI.
Mon boulot à Extenda, le Master 2 et mes recherches autour de Jacques Prévert. Encore des cours en didactique et avec Monsieur DELBREIL, encore plus d’amour envers la didactique, la poésie, la langue française et en général les lettres. Et ça y est, même si je travaillais dans le domaine du commerce extérieur je sentais de plus en plus ce que j’aimais vraiment, ce qui me passionnait et mes voix m’ont encore poussé à faire des études, et je me suis inscrite dans ce Doctorat bien sur sous la direction de monsieur DELBREIL malgré toutes ces personnes qui me disaient « mais pourquoi étudier autant ? » « mais un Doctorat en lettres sert à quoi ? » « Et pourquoi pas un autre Master en commerce ? » Et non mes amis, même si vous avez raison non, je ne vous pas écoutés tout simplement parce que j’aimais cela, parce que c’était ma vie, parce que chaque ligne de ses romans et vers étaient de l’air, du soleil, de l’énergie pour moi. Parce que j’ai lu des plus en plus des livres non seulement par obligation mais par plaisir et j’ai découvert le vrai bonheur ainsi. Le bonheur d’être seule. Le bonheur de rêver. Le bonheur de sentir. De sentir tous ceux qui ont écrits ces trésors. Le bonheur de marcher dans les rues et de revivre leurs vies et celles de leurs personnages. Le bonheur de leur langue. La joie de la transmettre à d’autres personnes. Et de pouvoir les passionner aussi et répondre à leurs questions avec le cœur. Le cœur de quelqu’un qui aime ce qu’elle fait. Et non mes amis, je ne vous ai pas écoutés et je me permets de vous dire, maintenant, ici, quelques années plus tard bien fort NON SEULEMENT JE NE REGRETTE PAS MAIS SURTOUT J’EN SUIS FIÈRE
Et oui, il y a 5 ans que tant de choses ont commencé, que moi-même, j’ai commencé. Que l’amour avec lui a commencé. Que ma découverte de la littérature a commencé. Que ma passion envers l’enseignement a commencé. Que Paris est devenu ma ville.
5 ans. 5 ans dont je me souviens ce soir avec nostalgie car l’air et les oiseaux du dehors à ces heures ci où le soleil se couche m’enlèvent envers cette époque là. Envers ces vieux temps. Envers ces débuts parmi lesquels certains continuent encore mais d’autres trouvèrent leur fins. Parce que non, lui et moi c’est fini. Je voulais que ça continuait dans mes rêves, dans mon espoir, espoir caché d’un amour platonique à qui on peut arriver un jour, peut être dans beaucoup de temps mais non ; un jour où l’autre il fallait que je l’assume, non, je ne suis pas faite pour vivre avec des musulmans. Même s’ils sont très modernes. Mêmes s’ils m’aiment à mourir comme lui. Non. Ce n’est pas possible. Et oui. C’était, cela a été mon grand premier amour. Le premier. Celui qui ne se répète jamais parce que je n’aurais plus jamais cet âge, cette naïveté, ces rêves, cette petite soumission, ce manque d’ambitions et d’écoute envers moi. Mais ce n’est pas grave car même si la fin de cette histoire est arrivée son aboutissement aussi. Car ce que je suis maintenant c’est grâce â lui, à ces années, à lumière de cet amour qui battra toujours quelque part au fond de moi jusqu’au dernier jour.
Et oui, il y a 5 ans, 5 ans où j’ai voulu recommencer ici toute seule. Et à partir de là toute une vie est venue derrière. Vie d’amour, vie de nouvelles connaissances. Vie de combats avec moi-même. Vie de rencontres, d’au revoir, de retrouvailles, d’adieux, de sentir le besoin soudain de devoir quitter Paris pendant longtemps et de le faire. Et de partir en Chine pour une année mais de sentir là bas que ce n’était que passager, qu’il fallait que je revienne. Et oui. C’est vrai. Il le fallait. Il fallait que je dorme encore dans cette notre maison. Que je le revois. Que nous nous séparions complètement. Qu’il arrête petit à petit de me protéger et que je recommence toute seule. Sans hommes. Mais cette fois ci pour du vrais car au fond il avait été toujours là.
Il fallait que je redécouvre Paris. Que je l’aime à nouveau. Que je refasse mes promenades secrètes. Que je rencontre des anciennes amies qui habitent encore ici et de nouvelles. Que je comprenne les Français. Que je devienne un peu française. Que je sois capable de me faire un cercle d’amitiés français et qu’ils m’acceptent. Que j’apprenne à vivre complètement seule. Et surtout, que malgré cet amour si fort que j’éprouve envers ce Paris où je suis née, parce que oui je suis née ici, ce Paris où j’ai aimé et où je suis aussi morte mille fois pour revivre après encore plus fort, oui, il fallait que je revienne ici pour que malgré cet amour ces voix me parlent encore mais cette fois pour me dire : RENTRE.
Et oui, il y a 5 ans où toute une vie a commencé. Airs et oiseaux de nostalgie. Vagues de tristesse douces qui remontent des pieds à la tête en passant par les bras où elles restent. Et les bras chatouillent, tremblent, et on a envie de pleurer, comme ce jour au ferry de Macao où j’ai failli ne pas quitter Cristina, mourir en larmes et dire c’est bon, je reste avec toi mais je suis partie, car il le fallait, je le savais, car je la reverrais je le sais aussi, et oui, les bras tremblent et on a envie de pleurer, de dire non ce n’est pas possible mais juste alors les vagues remontent, on respire, on se calme, la douleur s’en va et on sourit car on sait qu’il le faut , qu’on le veux, qu’on en a besoin.
Et oui je rentre. Pour du bien, pour du pire, pour du meilleur, pour amour, pour amitié, pour recommencer, pour passer, je n’en sais rien mais oui je rentre. Je m’en vais. Et je reviendrai mais je quitte cette ville car j’entends ces voix me chuchoter RENTRE et je sais que ça finit mais en réalité ça ne finira jamais.
Et c’est pourquoi j’écris ces lettres, lettres spontanées, incorrectes, plein de fautes, mais lettres vivantes, automatiques qui viennent directement de mon cœur sans que la raison y intervienne car je ne le veux pas, car je veux que la vie même soit ici, dans ces mots, si forte que je cette vie des moments vécus pendant tout ce temps, je veux que les jours de ce Paris continuent à battre dans cette écriture comme elles le feront en moi toujours. Et oui je le sais, c’est nul tout ce que j’écris ici, c’est nul pour ceux qui ne l’ont pas vécu, senti, bu, respiré, mais pas pour moi, car chacun de ces mots est un peu mon sang, sang de la Seine qui coule dans mon cœur. Et oui, on me lira et on dira « purée quelle rédaction pourrie ! » mais moi, je sais qu’en écrivant ainsi je lirai cela d’ici 40 ans et alors, je sourirai, fort et je pleurerai des larmes d’émotion car je sentirai que derrière ces phrases mal construites, 5 années, presque 6, bougeront encore, battront, chanteront, danseront, VIVRONT comme moi je l’ai fait et je le fais maintenant et même si je serai ce jours une petite dame chiante comme Catherine ou Vassilissa ;), et comme on dit que les femmes de 69 ans deviennent, ces lettres me donneront la vie, et je sourirai fort, et je confirmerai cette ma théorie que rien NE FINIT, JAMAIS et que les vies qu’ont vit en SENTANT sont éternelles.
Merci à Paris, à tous les amis connus ici, à cet amour, à mon professeur, merci aux épiciers, boulangers, merci à tous ceux qui se sont assis à côté de moi dans les bancs des parcs pour me raconter leurs vies, merci à ces passants de la rue qui m’ont appelé « charmante », merci à ceux qui m’ont souri dans le métro, à tous ceux qui jouent de l’accordéon ; merci bien sur au bar 61 qui est devenu mon bar et au canal de l’Ourcq mon quartier, merci à tous ces personnages qui principaux, secondaires ou tout simplement décor ont eu un rôle dans cette ma vie parisienne qui sera toujours mon début, mes racines, mes sources, mon Ithaque, ma lumière. MERCI.
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