Fenêtre ouverte. Brise de printemps. Brise dans ma chambre. Brise douce… qui me caresse… qui m’hypnotise… SILENCE…
Je regarde dehors et je vois une piscine. Des affiches lumineuses, de grands bâtiments …des casinos… Mes colocataires dorment. Il n’est que 23h14, je devrais préparer mes cours pour demain mais comme d’habitude la solitude me fait fuir et je sors… je descends à pied, encore ces cafards par terre… heureusement que ce ne sont pas des araignées… Je suis dehors… encore la brise… brise de temps mais aussi brise marine… je me dirige vers le magasin de mon meilleur ami chinois… celui qui tant de fois m’a déclaré son amour… celui qui tant de fois m’a supplié de rester… de ne plus jamais quitter ce continent… de l’épouser… il me répète sans cesse que l’amour se construit… que petit à petit je réussirai à l’aimer… je souhaiterais fort être comme ça… mais malheureusement l’écrivain de ma vie a voulu faire de mon personnage un Chateaubriand… un romantique extrême… désespéré… capable d’aimer seulement à la folie, sans raison, sans limites…J’arrive dans son magasin, comme tous les autres soirs il m’attend avec une Xiang-Tao dans la main et une boîte de cigarettes… Il m’aime… mais il accepte que pour moi ce soit simplement une amitié… il m’observe, il m’écoute… Nous discutons pendant des heures… de vieux chinois du quartier passent acheter les dernières petites courses en pyjama… ils me parlent en cantonais… ils me sourient… je comprends tout sans rien comprendre… il y a une vieille dame qui souhaiterait toucher mes cheveux...elle rit comme un enfant pendant qu'elle le fait… et elle déborde mon cœur de bonheur…
Je suis dans la chambre, mes colocataires dorment, je fume une dernière cigarette… la fenêtre est ouverte… la brise entre… SILENCE…
Champs de Mars. Je suis assise sur un banc avec ma chère amie brésilienne Flavia et mon meilleur ami Herminio. Nous buvons du vin. Comme ça. Sans verres. On boit tous de la bouteille. J'adore. Il est 01.30, ça y est, je suis née il y a maintenant 24 ans. Nous sommes venus ici pour attendre ce moment. Ils me chantent joyeux anniversaire. Je suis heureuse. Je les aime. Ce soir ils dormiront dans ce petit studio à l’intérieur du lycée Buffon où ma vie parisienne a commencé… demain je partirai très tôt à l’aéroport pour passer quelques jours en Espagne. La brise est tellement agréable…
C’est mon anniversaire. Je viens d’avoir 25 ans. Nous dînons. Je savoure le délicieux poisson accompagné d’un vin blanc qui ne me plaît pas trop. Comme d’habitude. Demain nous partons au Mont Saint Michel. Ça sera un voyage inoubliable. Peut être le meilleur de toute ma vie. Et qu’est-ce que je l’aime. Je l’ai en face de moi et je ne peux pas enlever les yeux de son regard oriental. Ce regard… Je mets ma main sur la sienne et je sens la douceur spécifique de sa peau mate. Douceur protectrice. C’est la première fois qu’un homme prend soin de moi. C'est la première fois qu'une femme l'aime comme ça. C’est pour cela que malgré les petites grandes différences culturelles qui nous éloignent et qui un jour nous sépareront, je resterai sous ses ailes pendant des années.
Brise douce. Je joue dans la rue avec mon amie Vanessa. Elle est beaucoup plus jeune que moi mais on s’entend bien. Je n’ai pas encore l’habitude de jouer avec d’autres enfants. Je ne suis pas égoïste. Au contraire, j’attends impatiemment que le moment de partager mes jouets arrive. Par contre, il ne faudra pas enlever la tétine aux poupées pour qu’elles pleurent. Je ne supporte pas cela. C’est horrible. Malgré ça, c’est difficile pour moi de jouer avec elle. D’habitude je crée des contes dont je deviens l’un des personnages. J’invente les dialogues. Je joue mon rôle, avec le reste de princes, des règnes, des sorcières imaginaires. Ma grande mère bavarde avec les voisines sur les chaises qu’elles ont sorties dehors. Des traditions de village qui disparaissent maintenant. Nous rêvions de ça quand nous étions petits. Je cours. Je rigole. Je viens m’asseoir de temps en temps à côté de ma grand-mère. Elle me caresse les cheveux avec tant de tendresse... Je la remercierai toujours dans l'avenir de cette belle enfance qu’elle m’offre maintenant, que je perdrai bientôt et que je réussirai à récupérer petit à petit, un jour, rayon par rayon. Ça sera avec ces souvenirs que j'irai la câliner forte à la maison de retraite où nous serons obligés de l’amener à cause de son Alzheimer. Mais malgré son silence je passerai des heures et des heures à ses côtés sans ne jamais m'ennuyer… Par contre, je me demanderai si au fond de son cœur il restera encore une moindre goutte minuscule de ces dimanches de messe suivis d’une glace au citron. De ces soirs où à 23h il faut que j'aille me coucher. De ces petits déjeuners qu’elle me prépare avant d’aller au collège. De comment je l’aime et je l’aimerai. Oui… j’en suis sure… derrière ce regard perdu il existera encore caché dans un petit coin de son cœur un brin de brise de ces jours merveilleux…
Brise dans ma chambre. Brise douce… qui me caresse… qui m’hypnotise…
La fenêtre est ouverte. Je ne sais plus quelle heure il est. Peu importe. Il y a des étoiles partout. Étoiles de nostalgie. Nostalgie de petits bonheurs, et les petits bonheurs sont la vie.
Je fume une dernière cigarette. La fenêtre est ouverte. Je souris.
Je fume une dernière cigarette. La fenêtre est ouverte. Je souris.
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